larunneusegrignoteuse

Runneuse, escaladeuse, grignoteuse et … heureuse!

Un vrai trail avec de la boue dedans

lisa congdon

…ou comment j’ai cru que j’allais mourir, me péter les deux chevilles et finir déshydratée avant le ravitaillement.  Mais ça c’était avant. Avant quoi ? Avant de découvrir l’esprit trail! Je t’explique.

Dimanche 20 Avril j’ai couru mon premier vrai trail…du coup j’ai de vrais truc a raconter sur la course à pied. Moi j’avais cru en Octobre dernier avoir couru un trail lors de l’X-trême trail de Lille. Bon ok c’était 9 kms. Ok c’était dans un parc en ville…mais moi on me l’avait vendu comme un trail. Je me glorifiais donc de mon nouveau palmarès accompli avec un bon 39 de fièvre…tu vois alors mon orgueil!

Je peux te dire que j’ai compris vite fait dimanche dernier qu’en fait, je n’avais jamais couru de trail de ma vie.

C’est un peu stressée mais surtout guillerette que j’arrive sur le terrain dimanche donc. Stressée parce que je suis à 700kms de chez moi, parce que je sais que je ne suis pas préparée comme il le faudrait, et parce que j’ai embarqué deux personnes dans cette aventure : Monsieur et mon père. Monsieur me suit sur le 15,5km (enfin techniquement c’est tout de même plutôt moi qui cours derrière lui) et mon père qui parcourra une distance de 6,5kms, ce qui à 63 ans est honorable pour quelqu’un qui ne court pas. Stressée parce que papa jusqu’à la dernière minute me dira qu’il n’est pas sûr de pouvoir le faire, et qu’il craint la blessure.

Guillerette aussi, parce que j’attends cette course depuis plusieurs semaines, le moment est enfin là et je me sens capable. Guillerette parce que je suis bien accompagnée pour cette course et heureuse de la partager de cette manière. Guillerette parce que l’émulation de tous me porte à ce moment et parce que c’est pour une association que je cours aujourd’hui. Guillerette parce que j’ai envie d’être là et je sens que ce moment en tête à tête avec moi va être à la hauteur de mes attentes.

Nous retirons donc les dossards, épinglons, et enfilons la puce sur nos baskets. On trottine un peu pour déposer les affaires dans la voiture, faire pipi et puis c’est déjà l’heure du départ pour le 6,5kms. Je vois mon père partir, le temps de faire une ou deux photos et hop je cours à la voiture poser l’appareil photo et reviens me positionner sous l’arche de départ au milieu du stade (bon c’est pas le stade de france, mais c’était classe quand même). Et là grand moment de solitude. Monsieur se faufile devant pour prendre un départ rapide et ne pas être bloqué aux premiers bouchons de pieds de pente. Je me rend alors compte que je suis entourée de gros et grands gaillards taillés à la Invictus. Moi en version cure-dent, j’ai l’impression que dès le coup de feu donné, je finirais piétinée sous la horde furieuse. Je t’assure que peu importe là ou mon regard se pose, c’est une débauche de muscles. Je me décale alors gentillement sur le bord de la meute.

Le gars au micro braille un truc, j’entends rien. Pan. Trop tard il faut y aller. Je part vite. Mais hyper vite. Le premier kilomètre est trop rapide je le sens bien, mais je n’arrive à ralentir, portée par l’effet du groupe. Un peu de route et nous entrons dans les sous-bois. Dans le vif du sujet devrais je dire. Les kilomètres deux, trois et quatre (a l’oeil puisque je n’ai pas de montre GPS) grimpent et descendent dans la boue, les racines et les pierres. Je fais hyper gaffe à mes pieds pour le pas glisser ni me tordre les chevilles. Le chemin est étroit, on est en file indienne. Première grosse montée glissante, il faut s’arrêter. Le mec derrière moi n’arrête pas de râler en disant que “c’est pas bon, c’est pas bon, ça casse tout de s’arrêter maintenant, on repartira jamais après ça”. J’ai envie de lui proposer la version Ironman, avec la rivière qui nous borde, mais comme il est plus grand que moi…ben je dis rien. C’est repartie… et là on arrive à une rivière(ette). Un bénévole nous braille “sautez, sautez”. Pas le temps de réfléchir, je saute à pieds joint en espérant ne pas me tordre les pieds dans la caillasse. J’ai de l’eau à mi mollet, bon ben c’est partit pour une version très aquatique de la course. Juste derrière grosse montée. Je fais la moitié au petit trot…et puis je lâche. Pas la peine de s’épuiser maintenant. Et là…je fais un truc que je n’aurais jamais du…au grand jamais. Je me tourne vers la première fille que je croise, et lui demande en voyant sa Garmin ou nous en sommes… réponse : 5,5kms. La je m’effondre intérieurement comme un morceau de sucre mouillé. Jamais je n’y arriverais…

Je repart tout de même ! Et c’est là que je vais te parler de l’esprit trail. Durant les 5 kms suivant je cours et je marche. En fait, j’essaye de marcher. Parce qu’a chaque fois que je m’arrête, une voix et une main derrière moi me remet au pas de course.

Premier arrêt : je fais deux pas et un Monsieur me dit un simple “aller, aller”…je repart, il m’en faut peu!

Deuxième arrêt : j’ai le temps d’un seul pas, et un Monsieur me dit “aller il faut s’accrocher”…me dépasse, se retourne “ça va aller?” Ok, je repart!

Troisième arrêt : trois ou quatre pas, et un monsieur me lance “ah non, si vous marchez maintenant vous ne repartirez pas, ça sert a rien de marcher ” …bon je repart!

Quatrième : je ralentie, un monsieur, sans un mot se met à ma hauteur et prend mon rythme…on ne se parle pas, je le suis, et puis une fois qu’il est sûr que je suis a nouveau dedans il accélère, se retourne pour voir si je m’accroche et poursuit…alors je ne m’arrête pas !

Cinquième tentative d’arrêt : une fille se met à ma hauteur et me lance un petit mot d’encouragement, et on papote. Elle me dit que ce trail est trop dur techniquement pour la longueur qu’il fait. Elle fait un petit kilomètre en ma compagnie et puis reprend de l’avance alors qu’une grosse montée arrive.

Sixième essai : je fais un ou deux pas à nouveau, mais la fille qui me dépasse me dit “le ravitaillement est juste après le virage”, je reprend donc de plus belle. On est au 11eme et je suis morte de soif.

Septième arrêt : là je marche. Je n’en peu plus. J’ai des fourmis dans la machoire. J’ai peur de faire un malaise. Je me calme un peu 2 ou 3 minutes et je repart.

Huitième arrêt : j’entends depuis plusieurs minutes une fille derrière moi qui me suis et s’accroche. Mais je n’en peux plus je fais alors un pas pour m’arrêter. Elle me dépasse, ne me dit pas un mot, m’attrape par l’épaule et me tire. Je me remet alors à courir. Elle me lâche, je suis relancée.

A ce moment je sais qu’il ne me reste plus qu’un gros kilomètre cinq a faire. Mais je suis épuisée. Je passe alors en mode automatique. Mes jambes font la suite seules. Je ne pense plus à rien, et je sens que je suis sur le point de lâcher physiquement. Il faut que la fin arrive vite. Je vois alors apparaitre le bout du chemin, j’entends le gars qui braille dans son micro au loin. Un chemin encore. Et puis l’escalier pour monter au stade. Les marches m’achèvent. Encore un tour de stade et j’entends mon numéro et mon prénom dans le micro. Je passe l’arrivée. Je n’entend pas le temps, je m’en fou à ce moment, la seule chose que je veux c’est ne pas m’écrouler. J’essaie d’enlever la puce, mais mes mains tremblent tellement que je ne peux pas. J’enlève ma basket la donne à la bénévole pour qu’elle enlève la puce. Je prend ma petite plante au passage, et me jette sur le bout d’orange que me tend Monsieur.

Je file au ravitaillement, je sens que je suis limite. Deux ou trois quart d’orange, une pomme et un verre de soda. Je reviens doucement sur terre. Mon père nous rejoint contant de m’annoncer que non seulement il a terminé sa course, mais en plus sans marcher et sans être le dernier. Monsieur lui me dit que c’était dur. Je suis contente de l’entendre de sa bouche. Je m’étire un peu. Un monsieur vient me voir et me lance “alors finalement vous avez trouvé l’arrivée”. Je me souviens lui avoir demandé ou nous en étions durant la course. On papote un peu. Je croise la fille avec qui j’avais papoté. Elle me confirme que c’était dur pour elle aussi.

Finalement nous retournons à la voiture heureux comme des rois de nos exploits. Au passage nous nous arrêtons tout de même voir les résultats : Monsieur à fait 1h27 ! Je ne suis pas sur la liste…j’en conclu donc un peu déçue que j’ai fais plus de deux heures, moi qui espérais les 1h30. Monsieur me dit que ce n’est pas possible je suis arrivée peu de temps après lui.

Effectivement les résultats en ligne annoncent  1h36 pour 15,5kms ! Je suis donc dans la cible de ce que je pensais pouvoir faire.

Bilan?

Les – = les chevilles qui ont été malmenées et qui ont frôlées l’entorse. Je surveille la droite qui me lance encore un peu ///// le ravitaillement qui était trop loin, au 11eme j’étais totalement déshydratée///// la difficulté de l’épreuve à laquelle je n’étais pas tout à fait préparée//// la fin de la course ou je n’étais plus tout à fait présente.

Les + = les rencontres, l’entraide, les encouragements, l’esprit trail en somme ! //// la course que j’ai terminé même si j’ai ramé//// le partage avec ma famille ////le paysage et le cadre top//// mon chrono qui m’a fait plaisir////le souvenir que j’en garde et que me fais dire “encore”!

Les surprises : j’ai appris qu’un coureur route n’est pas taillé comme un trailleur…et que j’ai plutôt la morphologie du macadame ////j’ai compris que le D+ même peu pentu ça pique////j’ai appris que j’avais “un mental” en plus des jambes//// j’ai découvert que la CAP n’est pas un sport solitaire, mais aussi solidaire.

 

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21 comments on “Un vrai trail avec de la boue dedans

  1. MeloAlors
    April 28, 2014

    Ça fait vraiment plaisir de lire ton compte rendu et ça donne envie d’essayer le trail en plus. Il se déroulait dans quel coin ?
    Et bravo pour ton chrono !!

    • larunneusegrignoteuse
      April 28, 2014

      Merci Melo.
      C’était en anjou, ma région natale.
      Si ça donne envie alors mon objectif est doublement atteint 🙂 !

  2. diarydaily
    April 28, 2014

    Eh bien en tout cas ça à l’air sympa comme esprit. Je ne me sens pas encore prête à me lancer mais faudra que j’essaie un jour 😀

  3. Adénine
    April 28, 2014

    Et bah ça ne me donne pas du tout envie… Vive le bitume et au mieux les petits chemins familliaux.
    Mais félicitations, si tu as envie de recommencer c’est que tu as quand même pris du plaisirs. Et c’est le plus important

    • larunneusegrignoteuse
      April 28, 2014

      Ah, qu’est ce qui te rebute tant que ça Adénine?

      • Adénine
        April 29, 2014

        La boue, j’aime pas la boue… J’aime pas me sentir en difficulté technique, j’ai peur de me faire mal et je panique en fait… (oui, je suis une trouillarde)

  4. cocoandco
    April 28, 2014

    waohhh, joli récit, jolie perf’ , te lire m’a fais rire, un peu nerveusement je dois dire, j’y étais, j’ai passé avec toi la ligne d’arrivée, contente que ça se termine ;o))
    bravo!!!

    Je confirme, le modèle “traileur” ce n’est pas le modèle “macadam”, je randonne beaucoup à pieds dans les montagnes mais je ne me vois pas trop faire les mêmes chemins en courant même si j’ai pourtant un peu l’habitude du D+ lors de mes entraînements…mais bon tu l’as fait et plutôt bien alors tu déments un peu le concept de la routarde quand même…

    Contente pour toi de cette course “familiale” dans la boue et dans le bonheur aussi…

  5. larunneusegrignoteuse
    April 29, 2014

    T’en mieux si je t’ai embarqué 🙂 !
    Je fais aussi de la rando, mais je n’ai jamais autant souffert même après 8 heures de marche.
    Le prochain trail auquel je suis inscrite annonce 18kms…bon va falloir que je m’y mette!

  6. cocoandco
    April 29, 2014

    tu y prends gout on dirait, il a lieu quand le prochain?

    • larunneusegrignoteuse
      April 30, 2014

      C’est pas pour tout de suite, c’est en Septembre : le trail de la Côté d’Opale.

  7. runningmob
    April 29, 2014

    Super Compte Rendu. Bravo pour ton temps !

  8. Marjolaine RAPOG
    April 30, 2014

    Hé ben ! Bravo à toi, dis donc ! Ca fait peur quand même ces trails. En tout cas, super chouette cette solidarité. Je sais pas si ça me donne envie de tester ou pas… hé hé hé 😉

  9. Pingback: Sélection d’articles running – avril 2014 | Face au vent

  10. FireRasta
    May 5, 2014

    J’étais passé a côté de cet article mais grâce a Faceauvent je suis finalement de passage…et je suis content d’être venu.
    Le CR est super sympa et en plus le chrono est top.
    C’est donc avec 6 mois de retard que je te dis félicitations!!!! Et bon courage pour les prochains (allez,;tu vas en faire d’autres?!)

    • larunneusegrignoteuse
      May 6, 2014

      Merci pour ton passage ici.
      Je ne fais pas beaucoup mieux, j’ai lu ton CR de tes 24H depuis un bon bout de temps mais n’ai pas encore laissé mon petit mot d’admiration (c’est le moins qu’on puisse dire)!

  11. Gwendoline
    May 5, 2014

    Oh ba moi aussi j’avais loupé cet article. Super CR.
    Et perso j’ai fait mon premier trail jeudi, juste un 10km. Et ça me suffit pour dire que le trail c’est duuuuuur!!!!!!
    Mais qu’est ce que c’est bien, c’est plus convivial que les courses sur route. Même si la route c’est mon truc je pense me prêter au jeu du trail plus souvent en augmentant les distances petit à petit!!!!!!

  12. larunneusegrignoteuse
    May 6, 2014

    Exactement, plus convivial! J’aimerai aussi me coller à l’exercice plus souvent, mais pour le moment je manque un peu d’entrainement.

  13. Cédric V
    May 9, 2014

    Haletant à lire. On est avec toi.
    C’est génial que tu aies pu te nourir des encouragements des autres coureurs.
    Bravo pour ta course.

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This entry was posted on April 27, 2014 by in Run.
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