larunneusegrignoteuse

Runneuse, escaladeuse, grignoteuse et … heureuse!

Le goût des choses simples.

stainboy

 

J’ai été élevée comme un souriceau des champs.

Pour moi la vie avait la saveur des près, des ballades en vélo, de cueillette des champignons, de bricolage de bout de ficelles. Je n’imaginais pas la ville. Je n’imaginais pas autre chose que les soirées pieds nus dans l’herbe, les cabanes faites d’un tréteau et d’une couverture, les étoiles en grémille dans le ciel. Les oiseaux, le chant du coq, les aboiements des chiens, les volets qui battent. Les heures en vélo, seule dans les chemins de bord de Loire, a regarder le ciel devenir rouge.

En primaire, ma vie se résumait à attraper des sauterelles, à arroser les rosiers, à ramasser tellement de Goganes que mes petits bras ne pouvaient tous les porter en une fois. A courir à la boulangerie acheter le pain avec une pièce de 10 franc au creux de la main. Le midi mamie me faisait une tartine de vache qui rit, et lorsque j’avais le droit de pic-niquer chez une voisine, c’était pour me trémousser sur les Simon and Garfunkel après le déjeuner.

Je ne voulais rien. Les vêtements portés étaient ceux que deux de générations de cousines avaient déjà usés. L’argent de poche? J’ai découvert ce mot la bouche des copines de collèges. Je n’ai pas compris. Des parents qui filent de l’argent leur enfant? Mais pour quoi? Pour accéder à ces choses inutiles que l’on VEUT? Je ne comprenais tout simplement pas le plaisir de posséder.

Mes plaisirs étaient ceux des longues heures en vélo avec mon père. Les mois d’inondations du village quand il passait devant moi et criait “t’arrête pas, pédale”, et moi le coeur battant et l’eau jusqu’a mi mollet me sentant comme un super héros. Les soirs d’encombrants, quant on passait dans le rue récupérer “des trucs et des machins” pour la bricole, un peu tard dans la pénombre pour que les voisins ne nous voient pas. Le temps ou la décheterie était juste un trou béant, et que l’on descendait faire notre shopping avec nos rêves en têtes: des tringles à rideaux qui deviendrons échasses, des bouts de planches pour m’exercer à la pyrogravure, des roulettes à démonter d’un meuble pour en faire un skate, une chambre à air pour bricoler une fronde…

J’ai ramasser des cailloux pour les voir étinceler au soleil. J’ai retourné un bout de terrain pour y faire pousser mes patate, je me suis inventée sourcier avec mes baguettes tirant vers le sol. Papa m’a accroché une balançoire dans le grand chêne, et je me suis envolée jusqu’a en avoir mal au coeur.

Parfois je me suis sentie à côté. Pour des petits riens. Mon gouter de cours d’école n’était pas celui des autres. Pas de mini cake fourré à la framboise et écrabouillé au fond du cartable. Non, une poignée de fruits secs dans une pochette. Au collège, pas de sac à dos, mais un cartable bleu récupéré chez la voisine. Les marques? Je n’en ai jamais porté. Et j’ai aimé mes pulls tricotés par mamie au point mousse, même s’il y a eu des jours au j’ai détesté cette impression de différence.

Pas de ciné, pas de resto, McDo jamais vu, pas de nutella, pas de fête foraine, pas de télé. Pourtant de tout cela, je ne retiens qu’une chose. Ce n’est pas l’absence de quelque chose. Je chéri cette propension que mes parents m’ont donner de prendre la mesure des petits bonheurs.

J’ai appris la profondeur de la solitude.

J’ai grandi seule. A bidouiller dans mon coin. Silencieuse. Je ne me souviens pas avoir joué avec des amis. Je me souviens des livres avalés, des heures de dessin, du bruit du silence.

C’est aujourd’hui, que je me rend compte de cette chance que j’ai eu. Que j’ai encore, profondément marqué par l’empreinte de cette éducation. Pour beaucoup je suis lestée par une part d’ombre. Parfois inquiétante, parfois ennuyeuse. Il m’arrive de me sentir socialement à côté, un peu bancale.

Un peu bancale. C’est ça. Un peu bancale.

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9 comments on “Le goût des choses simples.

  1. cocoandco
    June 3, 2015

    Décidément…Tu vois ce que je veux dire? et pour moi ça ne s’est pas arrangé avec le temps d’autant que notre choix de vie nous ayant pas mal mis hors norme je ne te raconte pas comment je me sens “à coté” aussi quand je rencontre des gens “normaux” mais comme je sais que c’est comme ça et pas autrement que je m’épanouis je reste comme je suis…même si parfois je me fiche un peu la honte toute seule quand je vais aux réunions publiques du village avec mon vieux sarouel jaune poussin et mes tongues… j’ai expérimenté un temps une autre manière de vivre plus conforme à ce que voulait de moi la société mais ça ne m’a pas convenu…
    Joli billet…

    • larunneusegrignoteuse
      June 3, 2015

      Coco, j’ai pris conscience tardivement de “la différence”. Je me souviens même de cette découverte. Une camarade m’avait invité. Dans sa chambre, elle a ouvert son placard, puis l’a refermé brusquement en se tournant vers moi pour m’adresser un : “j’ai pas envie que tu vois ce que j’ai dans mon armoire, parce que je ne veux pas te faire envie.”
      J’étais gênée qu’elle se sente gênée. Qu’elle pense que ce que je ne possédais pas s’apparentait à une sorte de pauvreté. Elle n’y était pas. Je n’enviais pas. Ca ne m’avais pas traverser l’esprit. Ce n’étais pas une question d’argent. Chez elle j’avais aimé regarder les belles choses. Juste pour le plaisir de l’esthétique. Mais sans arrière pensée.

      Aujourd’hui la différence n’est en rien gênante. Elle fait juste de moi quelqu’un de bancale…et alors.

      • cocoandco
        June 3, 2015

        hum ici il y a des trucs qui m’énervent…genre l’autre jour nous avions invité un copain du village à manger au bateau, c’était la 1ere fois qu’il montait à bord, il est célibataire et a ses propres vignes donc j’imagine qu’il a un peu plus de sous que nous mais bon c’est pas un émir du qatar non plus… il était ravi de sa soirée et me dit tout d’un coup à la fin du repas: “c’est chez les plus pauvres que je suis le mieux reçu…” gloups, je pense qu’il va s’en souvenir longtemps car ma réponse fut assez cinglante…la différence, la condescendance, j’en ai soupé plus qu’à mon tour, ça me prend la tête, du coup je boude tout le monde, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées…alors dans le genre bancale je ne suis pas mal non plus ;o))

  2. melia06
    June 3, 2015

    Assez ambigu ton texte. Tu nous racontes de beaux souvenirs, mais en même temps, je trouve ça très triste la façon dont tu en parles et c’est un peu dommage.

    Je n’ai pas eu cette enfance, là, j’en ai eu une autre, mais j’ai vite compris que quand on vit différement, on passe pour un fou, ou pour un idiot, et qu’il vaut mieux mentir plutôt que d’avouer sa différence. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre que les plus idiots étaient ceux qui n’envisageaient même pas un mode de vie différent des leurs, et qui n’essayaient pas non plus de comprendre.

    Et quand j’ai compris ça, ça a été un sacré pas en avant dans ma vie ! 🙂
    On a tous le droit d’exister et de vivre comme on l’entend, même si ça ne plait pas …

    • larunneusegrignoteuse
      June 3, 2015

      Mélia, il n’y a pas de mélancolie dans l’écriture de ce texte. Peut être a sa lecture néanmoins, je peux l’imaginer.

      Je ne me sens pas en porte à faux vis à vis des autres. Je ne pense pas que ma différence n’a pas place. Elle peut parfois être difficile à concilier avec un environnement professionnel, familiale, voir amical. Mais ce n’est pas un sacerdoce non plus.
      Il m’arrive de me faire violence parce que la bienséance l’exige. Mais dans ce ça je n’ai pas l’impression de renier celle que je suis fondamentalement (et puis une petite contradiction de temps à autres ne fait pas de mal).

  3. greencoquelicot
    June 3, 2015

    C’est un très beau texte. Contrairement à mélia je n’y ai pas vu de tristesse mais plutôt de la pleinitude et de l’apaisement. Je n’ai pas du tout eu une enfance comme ça, ce qui ne m’empêche pas de me sentir bancale parfois.
    Peut-être qu’au fond, on se sens tous un peu bancal à un moment ou à un autre ?

  4. larunneusegrignoteuse
    June 3, 2015

    C’est ça de l’apaisement.
    J’ai écris ce texte, parce qu’un point venait de me traverser l’esprit. Jamais je n’ai pensé à remercier mes parents pour ce qu’ils ont semé de cette façon…

    Un peu bancal, oui ! C’est parfois avec quelqu’un, dans une certaine situation, ou simplement comme tu le dis, à un moment de notre vie. Mais est-ce qu’on a envie d’une stabilité immuable? Pas certaine…

  5. Tinea
    July 17, 2015

    Mon enfance ressemblait à la tienne simplement j’étais plus entourée que toi.J’en garde des souvenirs merveilleux…je suis tout de même toujours décalée, même aujourd’hui…j’ai découvert il y a peu qu’Huggie les bons tuyaux était un personnage de série, pas juste une expression comme ça!

  6. larunneusegrignoteuse
    August 14, 2015

    Oui, ce sentiment de décalage parfois enviable, parfois pesant…

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This entry was posted on June 2, 2015 by in Vegan life.
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