larunneusegrignoteuse

Runneuse, escaladeuse, grignoteuse et … heureuse!

Lire et dire.

livre

Bientôt trois ans que cette modeste page flâne dans les limbes d’Internet, et qu’elle est lu par quelques inconditionnels. On y parle course à pied, blessure, bouffe bizarre, la plupart du temps. Parfois, quelques états d’âme s’y glissent…

Aujourd’hui, j’ai envie d’aborder un thème, disons, un peu plus personnel. Une petite blessure, autre que celle aux genoux, qui parle de mots…alors il me semble, qu’au milieu des quelques articles écris ici, il trouvera sa place là.

Dans mon éducation de souriceau solitaire j’ai toujours passé beaucoup de temps à lire. Il y avait le rituel du mercredi : la bibliothèque municipale. Dans le petit village où nous vivions, la bibliothèque avait la taille d’un mouchoir de poche. Un rayon jeunesse, un rayon ado, et deux linéaires littérature. Pour moi, c’était l’aventure. La question était toujours la même à Jeannine la “dame de la bibliothèque”: “combien je peux en prendre ?”. Le chiffre indiqué était toujours bien trop mince à mon sens, alors Jeannine me faisait un clin d’oeil en me disant que je pouvais bien en rajouter un ou deux. Je repartais les bras chargés d’aventure, d’émotion et de découverte en tout genre. Fascinée de pouvoir passer en l’espace de quelques heures de l’Amérique naissante, au Paris des années 80, du Groenland à nos côtes normandes.

Entrée en 6eme, j’ai dévoré les rayonnages du CDI en une petite année. Je mangeais à toute vitesse pour pouvoir filer au CDI. Attraper un bouquin en défilant, le doigt sur la tranche des livres, les étagères. S’arrêter sur un inconnu. Sortir le livre. Lire la quatrième de couverture. S’assoir par terre, et partir à la recherche de nouveaux horizons. Et puis, le CDI s’est tari. Alors je me suis inscrite au club lecture. Il n’y avait que des grands. Je n’étais pas trop à ma place. Pas grave. Ici, il y avait des livres justement pour les grands. Dans une armoire en bois, comme seule l’Education Nationale en a, j’ai trouvé un petit livre orange, particulière sobre. Il m’a semblé abordable. Anouilh. Antigone. Je l’ai lu d’une traite. Une fois. Puis deux. Puis dix. Ainsi, c’était ça la littérature. Mais comme c’était beau ! Je retiens de ce livre ma première émotion littéraire. J’ai voulu alors retrouver ce plaisir dans toutes mes autres lectures depuis.

Parallèlement à la lecture il y avait l’écriture. J’aimais écrire. Mais visiblement l’écriture ne m’aimait pas. Enfin non. L’orthographe ne m’aimait pas. Les dictées étaient de vrais petits drames dans ma vie de collégienne. La professeure me notait en négatif. Des – 10 en dictée. Des -10 en confiance en moi. Je ratais même les dictées préparées. L’angoisse grandissant, je n’étais plus certaine de l’orthographe de n’importe quel mot. Je me corrigeais en m’ajoutant de monstrueuses fautes. On me disait “mais lis”! Mais je lis. Beaucoup. On me disait “lis intelligemment alors, en prenant soin de faire attention à l’orthographe”. La lecture devait-elle devenir un exercice scolaire ? J’avais beau essayer de me concentrer sur l’orthographe durant ces moments, rien à faire. Mon père a alors décidé de prendre les choses en mains. On allait me faire lire à haute voix. Je buttais. Sur chaque mot. De stress. Tout était prétexte à me reprendre : la prononciation, la ponctuation, l’intonation. Lire était devenue une gageure, et les séances se terminaient dans les larmes. J’étais donc devenue celle qui était incapable de lire correctement, et d’écrire dans les règles de l’art. Mes copies étaient décorées d’un “RELISEZ-VOUS !!!!!” rouge. Pouvais-je leurs dire que l’exercice de relecture avait été fait, si ce n’est une fois, dix fois. Je me pressais de terminer le contrôle pour prendre le temps de relire. Et à chaque remise de copie c’était la même déception : “mademoiselle, ça aurait pu être bien…si vous vous étiez relue”.

Au lycée, je suis entrée en première L. Les exigences étaient encore plus fortes, évidement. La solution. J’y ai longuement réfléchi. L’humiliation avait assez durée. Alors j’ai décidé d’écrire “comme un médecin”. Vous savez cette écriture qui ne se lit pas, mais qui se devine. Le correcteur n’était alors plus certain. Avais-je mis deux M, un seul N, un S, un E ? J’espérais pouvoir obtenir le bénéfice du doute. On me reprochait désormais bien plus ma graphie, que mon orthographe. Nous étions passés du “orthographe catastrophique”, à “soyez lisible”. Lisible ? Ah non, merci. Je préfère vos hésitations !

On m’a alors trainé chez l’orthophoniste. J’était grande parmi ces petits patients balbutiant dans la salle d’attente. J’avais honte d’être là. Et le temps passant, je ne supportais plus ces mercredis après-midi passés à comprendre comment fonctionne un COD. J’avais beau essayer. Y mettre de la bonne volonté. Mes progrès étaient nuls. L’orthophoniste a dit : “on arrête”. Elle a reçu ma mère, pour lui dire c’était peine perdue : j’était dysorthographie. On est sortie, comme ça. Avec notre dysorthographie sous le bras. Et, nous n’en n’avons jamais reparlé. Jamais.

A l’université les choses ont été plus simples. J’avais trouvé mes relecteurs. Puisque la plupart des notations se faisait sur nos dossiers rendus, j’avais mes stratégies pour gommer mes fautes. Une copine, mes parents, ma soeur… Le pire était évité, restait ce qu’on appelait quelques coquilles. Et puis, écrire, j’adorais ça. Et ça ma directrice de recherche l’a vite compris. Elle m’a encouragé à poursuivre en ce sens dans la spécialité de mon master. Tant pis pour l’orthographe. Ce que j’ai fait. Ce que j’ai aimé.

Mais, l’angoisse et le stress de la faute m’a a nouveau assailli lors de mes premiers pas dans le monde du travail. Je devais écrire. Beaucoup. Pour des publications. Mais aussi, et surtout, pour communiquer avec mes interlocuteurs. Le mail est devenu mon cauchemar. Appuyer sur le bouton ENVOI me donnait des sueurs froides. “C’est sans doute bourré de fautes”, “que va pensez mon lecteur”, “je vais perdre toute ma crédibilité”, “il vont penser que c’est la stagiaire de 3eme qui a rédigé ce mail (elle aurait de toute façon fait mieux que moi)”. Parfois, ma collègue relisait gentiment, lorsque j’étais tétanisée à l’idée d’avoir laisser passer grammaire, conjugaison, ou orthographe mal assortis. Aujourd’hui, même si je ne bosse plus dans le même domaine, la crainte est toujours la même. Je lis, relis, mes courriers, mails, dossiers, compte rendu, mille fois avant envoi. J’épluche les conjugaisons, fais des allers/retours sur Internet, et lorsque le doute est trop grand, demande à Monsieur de “revoir la copie”.

Il y a toujours ce sentiment de honte. Cette idée que le ramage ne se rapporte pas au plumage…

Mais, s’il y a bien une chose qui ne m’a pas quitté s’est cette envie d’écrire. J’aime les mots. J’aime ce qu’ils disent. J’aime le bon mot pour la bonne chose. Alors, oui, c’est vrai. Mes bafouilles, mes mails, mes blablas, mes mots doux, mes posts ici, resteront pleins de mots mal orthographié. Cette longue tirade en est sans doute remplie. Mais.

Mais, tant pis pour la honte. Le plaisir de lire et de dire est toujours là.

Pour la première fois, aujourd’hui en rédigeant cet article, j’ai cherché ce qu’est la dysorthographie. Mettre une étiquette sur un complexe ne change rien. Comprendre et mettre du sens, bien plus. Je resterai sans doute toujours angoissée au moment d’appuyer sur le bouton ENVOI. J’aurai toujours les joues qui rosissent lorsque j’écrirais sur le paper-board devant un parterre de professionnels. Je ne pourrais pas m’empêche de supposer qu’on me prend pour une gourde après m’avoir lu. Mais, au moins, j’ai au fond de ma poche un petit bout d’explication, d’excuse, qui m’aide à ne pas en faire une catastrophe plus importante qu’elle ne l’est !

(source image: inconnue)

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9 comments on “Lire et dire.

  1. EniLaroc
    November 17, 2016

    Je me retrouve un peu dans ton histoire, moi aussi j’ai usé les livres de ma petite bibliothèque de village jusqu’au dernier, moi aussi j’étais nulle en dictée. J’ai jamais eu un -10, mais une fois j’ai eu un 2, c’était un vendredi 13 alors je me suis mis à détester les vendredi 13…
    Je suis restée nulle en grammaire, bizarrement l’orthographe ça va, à vrai dire plus le mot est complexe mieux c’est ! ça ne m’a pas trop gêné pendant mes études par contre j’ai pris une grosse claque pendant mon premier stage en entreprise.
    Juste après mon arrivé j’avais fait quelques fautes dans un mail(assez légère selon moi, il devait manqué un ou deux pluriel) et le Directeur technique m’a passé un savon et m’a direct mis dans la case “débile analphabète de service”, peu importe la qualité de mon boulot après ça il faisait exprès de ne pas voir (jusqu’à aller féliciter publiquement l’autre stagiaire pour du boulot que j’avais fait et à m’humilier, publiquement toujours, pour des erreurs fait par l’autre…), il m’a fallu plusieurs années pour reprendre la confiance en moi que j’avais perdue pendant ces 6 mois…
    Mais bon depuis j’ai toujours peur au moment d’envoyer un mail, je suis incapable de mettre les accents dans le bon sens, mais heureusement le correcteur d’orthographe le fait pour moi !
    Dans mon métier (je développe des sites web) on nous demande souvent de mettre à jour des textes, et souvent les clients se contente de nous envoyer une image du texte qu’ils veulent sans même penser que je vais leur rajouter une faute par ligne en le recopiant… et forcément après quand il y a une erreur c’est bibi qui passe pour une incapable :/

    • larunneusegrignoteuse
      November 17, 2016

      Merci pour ta réponse EniLaroc.
      Ca me fou en rogne ces humiliations.
      Dans le cadre de mon boulot, je travaille avec des minots qui n’ont de cesse de me dire “madame je suis nul en…” (a compléter avec toutes les matières existantes dans le cadre scolaire). Je ne vais pas refaire le monde de l’éducation nationale, c’est certain, mais je m’évertue à démontrer à ces jeunes que leurs compétences ne se mesurent pas seulement à leurs relevés de notes. Ils sont riches de tellement d’autres choses !

  2. firerasta
    November 18, 2016

    Merci de partager ça avec nous. Je ne sais pas combien de fois tu as relus cet article, mais je n’ai pas du tout été gêné en le lisant…(et je n’ai pas souvenir de l’avoir été dans les précédents articles)
    désolé de ne pas pouvoir faire part de mon expérience comme Eni, mais je n’aime pas lire (Oui ça existe) et je fais assez peu de fautes d’orthographe (désolé, ça peut paraître injuste).

    • larunneusegrignoteuse
      November 18, 2016

      Firerasta, heureusement que nous n’avons pas tous les mêmes passions, les mêmes envies, les mêmes égratignures, hein 🙂 !

  3. Gwen
    January 24, 2017

    Haaaaan mais tu es tellement mon double avec Coraline aussi d’ailleurs!!!! Je vous aime les filles!!!!!

    J’ai passé des heures entières à la bibliothèque, ma mère pensait que je finirais bibliothécaire d’ailleurs! et je sais pas pourquoi je ne le suis pas! Dans le petit village où on était, Nadia la dame de la bibliothèque me laissait emprunter 7 livres alors que les autres c’était 4. Du coup en 5ème j’avais finis tout le rayonnage enfant et j’ai attaqué la grande littérature parce qu’il y avait que ça et je suis devenue fan de Zola! Et je dévore toujours autant. J’ai repris un abonnement à la bibliothèque il y a deux ans!
    Mais je fais des fautes… Pareil j’ai été abonné au moins quelque chose. Pourtant ma mère me faisait faire des dictées tout les soirs à la maison et quand j’avais plus de 10 fautes ben j’avais le droit à une deuxième dictée. Et encore aujourd’hui je relis mes mails deux, trois quatre fois… Pour finalement avoir un retour de mon mail par ma collègue avec les fautes que j’ai faite surligné en rouge…. Il y a même certains mots que je n’ose pas utiliser par peur de faire une trop grosse faute et que mes collègues m’appelle en rigolant après avoir lu mon mail (oui parce que ça arrive souvent) …..
    Comme quoi on peut lire énormément et ne pas maîtriser l’orthographe!!! Mon grand rêve serait d’être écrivain! Mais bon je miserais tout sur le correcteur orthographique!
    Des bizoux les filles!!!!

    • larunneusegrignoteuse
      March 22, 2017

      Je n’avais pas mis les pieds ici depuis bien longtemps. Je découvre donc ton message Gwen à contre temps. C’est étonnant de se rendre compte d’histoires semblables ailleurs, à d’autre moment, mais avec les mêmes sentiments…
      De toute façon quand tu seras une grande écrivaine, tu auras un(e) relecteur attitré !

  4. cocoandco ☮ Ⓥ
    March 8, 2017

    3 siècles après tout le monde, me voilà…
    Ton texte est joliment bien écrit, très touchant….
    Je comprends ton sentiment d’humiliation, j’ai vécu le même toute mon enfance, pour une raison un peu différente mais bien scolaire aussi…
    Chez moi ce sont les maths qui ne rentrent pas, à un point que dans cette matière j’ai du en rester au niveau CP, et encore! CP! mais du fond de la classe près du radiateur…je faisais un blocage, qu’ils disaient tous et à 52 ans bientôt,ce n’est guère mieux, j’en ai longtemps été complexée et maintenant je m’en moque royalement, j’assume parfaitement cette particularité de savoir à peine compter…
    Pardon d’avoir reliée ton histoire à la mienne, mais c’est pour notre petite collection privée de point communs ;o))

    • larunneusegrignoteuse
      March 22, 2017

      Trois siècles plus tard je découvre ton message, comme celui de Gwen juste avant.
      Merci pour ce partage d’histoire commune.
      Ma soeur fait l’école à la maison à son fils. Beaucoup la prenne pour une huluberlue, pire une mère sur-protectrice ou exclusive…quand je vois ce que l’école est capable de faire, moi je trouve ça juste intelligent (pour ne pas dire en certaines circonstances salvateur).
      C’est un long débat, et je ne veux pas faire de généralité (parce que la généralité n’existe pas d’ailleurs). Bref, encore une histoire de choix.

      • cocoandco ☮ Ⓥ
        March 22, 2017

        et bien bon courage à ta sœur car si il y a 20 ou 30 ans on pouvait encore sortir du lot sans être trop inquiété, aujourd’hui ce n’est plus le cas…je suis bien d’accord avec toi concernant l’école ^^

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This entry was posted on November 16, 2016 by in Uncategorized.
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